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Le révisionnisme du nucléaire

Merci à Florent Grospart, qui m’autorise à partager ici son post FB.

J’ai mangé il y a quelques jours avec le commercial d’une grande entreprise. Comme très souvent en ce moment, la discussion est passée de la guerre au prix de l’énergie. Et là, sans détour, mon interlocuteur assène une de ces vérités de comptoirs qui n’appelle aucune contestation : “l’augmentation du prix de l’énergie, c’est à cause des écologistes qui ont empêché EDF d’entretenir ses centrales. Si nous ne voulons pas revenir à la bougie, la seule solution est de passer très vite aux EPR de 3ème génération”

Même si l’industrie du nucléaire nous a habitué aux manipulations médiatiques de toutes sortes, on sent que la tragédie totale dans laquelle la filière se trouve (aucun EPR ne fonctionnent normalement, une centrale sur 2 est à l’arrêt, le kWh explose, les déchets débordent de partout…) la propulse aujourd’hui dans une nouvelle dimension : réécrire l’histoire en désignant les méchants : les écologistes qui seraient à l’origine des maux d’aujourd’hui (qu’ils dénoncent pourtant depuis des décennies!).

Promis, la personne que j’avais en face de moi ne ressemblait ni à un guignol, ni à un illuminé, juste à un petit bourgeois, un peu bobo et sûr de son fait. Alors voilà contre quoi nous allons devoir lutter : cette réécriture de l’histoire qui permet au nucléaire de donner l’illusion que tous les maux de la société ne peuvent venir que de leurs détracteurs, évidemment pas de leur technologie rejetée par la quasi-totalité des pays aujourd’hui, pas de leur incompétence qui frise l’art, pas de leur mensonges permanents à renfort d’argent dans les média…

Alors voilà, promis, les écologistes ne se sont pas infiltrés chez EDF pour planter la filière (c’est plutôt EDF qui met des micros chez les écolos si on en croit la justice !). Les écologistes n’ont pas non-plus empêché EDF via l’Etat d’entretenir les centrales simplement parce qu’ils n’en ont jamais eu le pouvoir, le président, qui pilote seul et sans débat ce domaine sensible, n’a jamais été anti-nucléaire. Au contraire, les candidats opposés au nucléaires sont pris à parti dans les média français, par exemple Léa Salamé porte la contradiction avec un rapport européen :

https://www.dailymotion.com/video/x8096w5

Elle ne posera aucune question sur les coûts ou l’enlisement de l’EPR aux candidats pro-nucléaire par contre, et ces exemples sont nombreux.

L’écologie politique s’est construite sur des valeurs de démocratie, de respect de l’autre et de la nature, du respect des générations futures aussi, de conscience et d’éducation populaire, d’autonomie (et donc de décentralisation)… Ces valeurs sont incompatibles avec le nucléaire et ce combat est naturellement un des marqueurs forts du mouvement. D’autant plus que la filière nucléaire coche la quasi-totalité des cases anti-écologistes :

Après plus de 60 ans de recherche (et des milliards engloutis) nous ne savons toujours pas quoi faire des déchets, Pourtant, nous avons ces déchets sur les bras pour des dizaines de milliers d’années à venir, il s’agit là du pire cadeau que nous léguons à nos enfants,

On ne sait pas non plus démanteler les centrales et le coût de ces travaux est extravagant, qui va les payer si ce n’est nos impôts ?

Lorsqu’une centrale explose, c’est un territoire grand comme un petit département qui devient inhabitable pour des milliers d’années, les dégâts sur le vivant se développent sur plusieurs générations, Ces coûts se compte alors en centaines de milliards,

Les coûts cachés du nucléaire sont gigantesques : 90% des moyens de la recherche publique sur les énergies sont dédiés au nucléaire en France, l’armée doit sécuriser les centrales et les transports de matériaux radioactifs, de nombreux sites sont désaffectés mais restent sous surveillance car ils pollués pour des siècles…,

Les importations d’uranium nous rendent dépendant de pays comme le Kazakhstan, du Niger, l’Ouzbékistan…

Les filières civiles et militaires sont dépendantes l’une de l’autre,

De par sa centralisation extrême, le nucléaire présuppose un État fort et stable. Fort pour assumer les coûts cachés et imposer la technologie, stable car en cas de guerre, le nucléaire devient une cible de choix. Cette centralisation est par définition contraire à la démocratie : les territoires ne peuvent choisir et ne contrôlent rien d’un domaine aussi stratégique que l’énergie,

Le prix du MWh (même tronqué des coûts cachés ou de la gestion des déchets) est 2 fois plus cher que celui de l’éolien offshore par exemple (105 € contre 44€).

Je vous conseille le dernier ouvrage d’Hervé Kempf “Le nucléaire n’est pas bon pour le climat” (4,5€ dans toutes les bonnes librairies). Un état des lieux par un des rares journalistes indépendants français. Même si cela reste une goutte d’eau face aux placards publicitaires quotidiens, aux millions de subventions sportives et culturelles, aux fondations et autres communications d’EDF, ce sont bien les gouttes qui font les océans…

FLORENT GROSPART https://blogs.mediapart.fr/florentgrospart

parution 02/09/2022 éditions SEUIL

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